Colette Peignot / Laure (1903-1938)

Legend: (Ms)=Manuscripts;  (?)=work that hasn’t been found, doubtful assumption or announced but unpublished work; (Co)= correspondence; (Gr)=graphic works; (Ph)=photographs; (Aud)=audio records

1920

1925: Jean Bernier se fait « l’artisan […] de l’éphémère rapprochement entre Clarté et le surréalisme. » (Cf. L’Apprenti Socier, du cercle communiste démocratique à Acéphale, Georges Bataille, éd. de la Différence, 1999; p.41)

Jean Bernier (1894-1975): « Membre depuis 1931 du Cercle communiste démocratique, collaborateur de La Critique Sociale (où une violente polémique l’oppose à Bataille, ce qui ne l’empêchera pas de le suivre à Contre-Attaque), Jean Bernier adhère en 1933 au Front commun, le mouvement de Gaston Bergery (cf. son article « Front commun et la lutte antifasciste », Le Travailleur communiste, syndical et coopératif des 2, 9, 16 septembre et 25 novembre 1933). Attaqué par Souvarine dans Le Travailleur communiste, syndical et coopératif (cf. les numéros du 14 octobre et du 11 novembre 1933), il collabora à La Flèche et au Front Social, qu’il quitta en 1935. Profondément marqué par l’expérience de la Première Guerre mondiale, Bernier avait adhéré au communisme naissant et pris part en 1919 à la fondation du mouvement Clarté, dirigé par Henri Barbusse. Collaborateur de Crapouillot, rédacteur de L’Humanité, il avait salué avec sympathie Un cadavre, le pamphlet des surréalistes, auxquels il avait ouvert Clarté (cf. Victore Crastre, Drame du surréalisme, Paris, Les Éditions du Temps, 1963). Après s’être éloigné du Parti communiste (1929) et avoir rompu avec le surréalisme, il s’était rapproché des cercles syndicalistes et libertaires. En 1936-1937, il écrivit dans Le Libertaire une série d’articles sur la guerre d’Espagne (cf. sur Bernier le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, publié sous la direction de Jean Maitron, Paris, les Éditions ouvrières; t. XIX, 1983, ad vocem; et Dominique Rabourdin, Notes sur Jean Bernier, in Jean Bernier, L’amour de Laure). »
(Cf. L’Apprenti Socier, du cercle communiste démocratique à Acéphale, Georges Bataille, éd. de la Différence, 1999; p.82-83).

1926: Laure se lie à Jean Bernier et par son intermédiaire adhère au communisme.

1930

1931: Laure rentre à Paris, elle y fait la connaissance de Boris Souvarine en collaborant sous le pseudonyme de Claude Araxe au Travailleur communiste, syndical et coopératif et à La Critique Sociale, qu’elle contribuait elle-même à financer.

→ Lettre de Boris Souvarine à Pierre Kaan, « mercredi » [juin? 1933], à propos de la revue la Critique Sociale dont Souvarine était le fondateur: « Je ferai les revues comme à mon habitude, Colette assumera imprimante, épreuves, mise en pages, etc. » M. Galletti ajoute en note: « On sait que Boris Souvarine, avec l’aide de Colette Peignot, supervisait tous les articles de La Critique Sociale. En l’absence de Souvarine, c’était Pierre Kaan qui se chargeait de cette tâche ».
(Cf. L’Apprenti Socier, du cercle communiste démocratique à Acéphale, Georges Bataille, éd. de la Différence, 1999; p.81).

– (Co) Lettre de Colette Peignot (St-Nom-la-Bretèche) à Pierre Kaan, datée du 23 juin 1933, papier à en-tête de la Critique Sociale; reproduite dans L’Apprenti Socier, du cercle communiste démocratique à Acéphale, Georges Bataille (éd. de la Différence, 1999; p.87-88).
Elle envoie à P. Kaan « les listes de livres indispensables pour demander les comptes rendus » en vue d’une « prochaine réunion de la Critique Sociale« ; elle trouve que la revue des livres du n°8 était « tout à fait insuffisante tant par la quantité que par la qualité ».

La continuité entre les expériences communautaires faites par G. Bataille dans les années 30 est assurée, entre autres, par Laure/Colette Peignot: « c’est autour d’elle, silencieuse “inspiratrice” des publications des différents groupes, que se consomme en 1934, la rupture dramatique entre Bataille et Souvarine; sur sa mort prématurée, en 1938, se referment les rites de la société secrète Acéphale » (L’Apprenti Socier, du cercle communiste démocratique à Acéphale, Georges Bataille, éd. de la Différence, 1999; p.21).
« D’après Henri Dubief, c’est Laure qui aurait financé les publications de Contre-Attaque et d’Acéphale (conversation privée). » (cf. ibid.)

1935: « Bataille, qui s’était séparé de l’actrice Sylvia Maklès en 1934, s’était installé rue de Rennes au début de 1935. Nous ignorons quand Colette Peignot est venue partager sa vie; “à l’évidence pas avant juin”, écrit Michel Surya (Georges Bataille, la mort à l’oeuvre, p.641). »

L’Étoile Rouge, de Alexandre Bogdanov, traduit du russe (ou mis en forme?) par Colette Peignot, publié dans le quotidien Le Populaire de Paris, organe central du Parti Socialiste (S.F.I.O.) (dir. politique: Bracke suppléant Léon Blum; admin. délégué: Eugène Gaillard; 9, rue Victor-Massé, Paris, IXe), en  48 livraisons du « feuilleton », quotidiennement entre le 05/08/1936 et le 17/09/1936 puis les 19 et 20/09/1936; la traduction ne sera pas publiée en volume (lire en pdf, créé par les Éditions Ismael).
→ La publication est annoncée dans Le Populaire du 04/08/1936, sur la une; l’ouvrage est présenté ainsi: « Roman d’anticipation scientifique et sociale, traduit du russe par Colette Peignot. L’Etoile Rouge a eu, en Russie, un succès et une diffusion considérables. L’auteur, Alexandre Bogdanov, social-démocrate très en vue, ami intime de Maxime Gorki, de Lénine et de Krassine, a joué un rôle éminent dans le mouvement socialiste russe et plus particulièrement dans son aile gauche, le bolchevisme. Ses ouvrages sont répandus en Russie à des millions d’exemplaires. Plusieurs générations de socialistes ont appris l’économie politique dans Bogdanov, vulgarisateur de premier ordre en même temps qu’homme de science, médecin, biologiste et philosophe. L’Etoile Rouge est une anticipation prophétique sous une forme romancée. Plusieurs des prévisions incorporées au roman sont déjà devenues réalité. D’autres le deviendront peut-être… L’Etoile Rouge définit bien des problèmes posés à toute conscience socialiste et esquisse des solutions hardies, qui seront certainement parmi nous très controversées. L’Etoile Rouge est le point de départ de la littérature dite prolétarienne. A partir de demain lisez et faites lire autour de vous L’Etoile Rouge« .

• Septembre 1936: « Affaire de la maison de redressement », qui implique les surréalistes ensemble avec des membres de Contre-Attaque, au cours de laquelle sont arrêtés, entre autres, Georges Bataille, Colette Peignot, Malet, Hugnet, Ferdière (cf. Note de Marina Galletti in L’Apprenti Socier, du cercle communiste démocratique à Acéphale, Georges Bataille, éd. de la Différence, 1999, p.169).

– Le Sacré suivi de Poèmes et de divers écrits, Laure, Hors commerce, 1939 (pdf).
Achevé d’imprimer: « Ce livre, achevé d’imprimer au printemps de 1939, par l’Imprimerie des 2-Artisans, 20, rue Montbrun, Paris, a été tiré à deux cents exemplaires numérotés, dont quarante sur papier d’Arches portant les numéros 1 à 40.  Aucun exemplaire ne sera remis autrement qu’a titre personnel. » Achevé d’imprimer disposant d’une ligne « Destiné à » avec un espace vide pour écrire à la main le nom du destinataire.
Contient au sommaire: « Le Sacré », « Poèmes antérieurs à l’été de 1936 », « Le Corbeau », « Textes sur l’Espagne », « Fragments et plans de textes érotiques », « Poèmes et textes postérieurs à l’été de 1936 », « Dernier poème », « Notes ».
→ L’exemplaire n°182, qui est celui qui se trouve dans le fonds Colette Peignot (Boîte 1) à la BNF, est rangé dans une enveloppe qui porte l’inscription suivante de la main de Jérôme Peignot: « {…} Cet exemplaire, non coupé et sous cellophane, m’a été remis avec émotion par Monsieur Pimpaneau lorsque, dans le cours d’une conversation, je lui ai appris que j’étais le neveu de Colette Peignot. Les larmes dans les yeux il m’a dit: « Georges Bataille est mort dans mes bras ». (Étudiant, il en assurait la garde bénévole). Il est devenu sinologue. »

– Histoire d’une petite fille, Laure, Hors commerce (Paris), [1943?] (d’après une note manuscrite à l’achevé d’imprimer de l’exemplaire de la BNF), [édition et notes non signées de Georges Bataille et Michel Leiris], 55 pages; tiré à 33 exemplaires « dont 5 sur papier ancien, numérotés de 1 à 5; 6 exemplaires sur papier du murier de Tonkin, numérotés de 6 à 11, et 22 exemplaires sur papier d’Arches numérotés de 12 à 33, aucun exemplaire ne sera remis autrement qu’à titre personnel », achevé d’imprimer disposant d’une ligne « Destiné à » avec un espace vide pour écrire à la main le nom du destinataire (copie pdf de la copie numérique disponible à la BNF; pdf de l’ex. n°7).
→ Nombreuse différences minimes avec le texte publié par J.J. Pauvert.
→ L’exemplaire n° 7 a été destiné à Robert Gauthier.

– « Histoire d’une petite fille », Laure, suivi de « {Rire} » et de « {Moment sacré} », publié in L’Éphémère (rédaction: Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Louis-René ses Forêts, Gaëtan Picon), n°2, avril 1967, Éditions de la Fondation Maeght, imprimeries Union et Arte (Paris), p.28-48.

– Mitsou Ronat, « Le corps glorieux de Laure », in Change, n°12, « Déraison et désir »; réédité in Change, première suite, Collectif Change , Union générale des éditions, 1974, p.359-369.

– L’amour de Laure, Jean Bernier, textes réunis et préfacés par Dominique Rabourdin, postface de Jérôme Peignot, Paris, Flammarion, 1978.